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de l'Histoire de La Seynoise
Marius AUTRAN
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du site de La Seynoise
Histoire de la philharmonique La Seynoise

Cent soixante-dix ans de passion musicale (1840-2010)
CHAPITRE V
La continuité avec le Président Pons
(Texte intégral du chapitre)
 

     La tombe du Président Guérin refermée, les larmes séchées, il fallut bien assurer la continuité de l'œuvre. Les hommes passent, mais les institutions, les idées, les idéaux demeurent, évoluent, s'affirment sous d'autres formes car d'autres hommes ont surgi de la masse et se sont révélés comme de véritables dirigeants. S'il en est qui se mettent en avant par ambition, d'autres, velléitaires, incertains, ont besoin d'être soutenus, conseillés, encouragés.

    Ce ne fut certainement pas l'ambition qui poussa Édouard Pons, imprimeur à La Seyne à accepter la succession du Président Guérin. Le Conseil d'Administration unanime le désigna le 5 juin 1912, seize jours seulement après la disparition de son prédécesseur.

    Pendant plusieurs mois, La Seynoise ne participa à aucune manifestation publique où réjouissance populaire, par souci de respecter la mémoire du Président défunt. Cette période d'inaction ne laissait présager rien de bon.

    L'année 1912 s'achevait porteuse des prémices d'un conflit mondial dont l'imminence était sensible. La situation au Maroc était préoccupante, dans les Balkans, un conflit faisait rage et les Russes accentuant leurs préparatifs militaires, faisaient construire des cuirassés énormes. Pour n'être pas en reste, la France se hâta également de parachever son armement. Dans cette ambiance guerrière et revancharde, la population seynoise fut conviée au lancement du cuirassé Paris construit aux Forges et Chantiers de la Méditerranée à La Seyne.

Édouard Pons, Président de La Seynoise de 1912 à 1922

 

Lancement du Cuirassé Paris, le 22 septembre 1912

    Notre philharmonique fut associée à cette manifestation d'ampleur nationale à laquelle fut également convié L'Avenir Seynois.

    Sans vouloir narrer par le menu cet événement, disons toutefois que nos ouvriers, nos techniciens, nos ingénieurs avaient lieu d'être fiers d'avoir doté la Marine nationale d'un des plus gros cuirassés de l'époque. Mais si l'on était en droit d'applaudir les grandes qualités techniques des Seynois, il n'échappait à personne que ce bel outil était un outil de mort et que le jour s'approchait où il servirait à plein rendement.

    La Seynoise et L'Avenir Seynois prêtèrent donc leur concours à la cérémonie du lancement qui eut lieu, rappelons-le, un an après la catastrophe du Liberté,

    Les deux formations musicales accueillirent le Ministre de la Marine, Monsieur Delcassé et elles furent placées de part et d'autre d'une imposante tribune officielle où paradaient de nombreuses personnalités venues de Paris : députés, sénateurs, conseillers municipaux de la capitale, administrateurs des F.C.M., tous en costume de cérémonie, c'est-à-dire en redingote noire et chapeau haut de forme. L'austérité de ces tenues était rehaussée par les uniformes chamarrés des généraux empanachés et des amiraux aux poitrines constellées de décorations. Se joignit à ce beau monde une foule de personnalités locales et départementales conduites, bien sûr, par Monsieur le Préfet du Var.

    Ah ! Nos vaillants musiciens, avec leurs costumes parfois un peu défraîchis et leur modeste casquette blanche n'avaient pas beaucoup de chamarrures à montrer... ! Mais ils n'en surent pas moins régaler la population et les autorités par un programme digne d'intérêt.

    En effet, avant que le bateau ne soit lancé et pendant que les préparatifs de l'opération s'effectuaient, les deux formations musicales donnèrent une aubade qui ne put empêcher la foule des curieux de se faufiler partout autour de l'énorme coque d'acier. La Seynoise interpréta successivement « Ganagobie », un pas redoublé de Sallès, « La vallée d'Ossau », grande valse de Benoist, « Mireille » fantaisie de Gounod, « Plaisance Fronsac », polka pour pistons de Farigoud, « Hyménée Maryam », ouverture de Puget et « Scaramouche », fragment de ballet de Messager.

    L'Avenir Seynois qui, bien que l'on n'en parle pas souvent ici - son histoire est à écrire ! - fut dans la même période une formation musicale importante, joua pour sa part « En avant ! » pas redoublé d'Arguain, « Jeune Maillotte », ouverture de Raynaud, « Les rêves de l'exilé », valse fantaisie de De Varenne, « Loin du pays », ouverture de Bouillon, « Les Chardonnerets », polka pour flûte d'Escoffier, « Ouverture de concert » de Giraud et « L'Alméria », valse espagnole d'Andrieu.

    Naturellement, lorsque l'immense masse d'acier de vingt-quatre mille tonnes du Paris prit son élément, les vivats et les acclamations jaillirent des milliers de poitrines tandis qu'une vibrante Marseillaise étreignait les cœurs d'émotion patriotique.

    Qui, dans cette foule prise de délire joyeux pensa un instant que l'énorme quantité de bouches à feu qui bientôt armeraient ce bâtiment superbe sèmeraient le moment venu la mort sur des rivages lointains ?

 

L'année 1913

    Elle ne fut pas brillante pour notre philharmonique. Les raisons de cet affaiblissement, il faut d'abord les chercher dans l'ambiance générale dominée par la morosité. À l'intérieur de la société, la perte du Président Guérin était encore douloureusement ressentie. Le Président Pons accomplissait sa tâche avec beaucoup de scrupules, mais il était victime des événements de l'époque. Sa correspondance atteste de la dégradation accélérée des conditions économiques qui l'obligent à mettre en veilleuse de nombreuses activités.

    Ainsi, il dut se résoudre à refuser sa participation au festival d'Aix-en-Provence, le Conseil d'administration ayant estimé la dépense trop élevée en regard de l'état des finances. Il déclina également l'invitation du Maire d'Avignon qui s'apprêtait à accueillir le Président de la République Raymond Poincaré.

    Les arguments qui étayent ces refus insistent sur le chômage qui frappe durement le monde ouvrier. En outre, parmi ceux qui ont un emploi, trop nombreux, estime le Président, sont les travailleurs qui font des horaires de nuit les empêchant de participer aux répétitions.

    Et pour couronner le tout, dans ce climat inquiétant, persistent entre La Seynoise et L'Avenir Seynois, des conflits qui parfois s'aiguisent.

    Nous avons évoqué ces jalousies, leurs origines et leurs péripéties qui prirent parfois un tour lamentable. Il arriva à cette période que les formations musicales cherchant des ressources, l'une ou l'autre soit appelée à jouer lors d'un bal populaire, le dimanche. Alors, celle des deux philharmoniques qui n'avait pas été retenue, tentait en alléchant l'organisateur par des promesses de moindre coût, d'enlever le marché. Cela créait, naturellement, un climat très déplaisant qu'aggravait le cas où le torpillage sournois réussissait.

    Mais tout ceci allait paraître bien désuet quelques mois plus tard lorsque la France entière allait se trouver brusquement plongée dans un abominable conflit.

 

La guerre de 1914-1918

    Depuis quelques années déjà, nous l'avons évoqué, la menace de guerre planait sur la France. Les criminels qui préparaient le cataclysme allaient voir bientôt la réalisation de leurs sinistres projets.

    Mais il fallait mettre d'abord l'opinion publique en condition : « Rassurez-vous, bons citoyens, ce sera une affaire de quelques semaines, si la guerre éclate. La France est forte, son armée de terre, sa Marine, auront tôt fait de triompher de l'ennemi... » La grande presse d'information galvanisait le patriotisme des Français qui avaient déjà été sensibilisés, depuis la IIIe République naissante, à l'idée de la Revanche. Elle avait trouvé des écrivains, des compositeurs de talent pour inculquer à la jeunesse qu'il faudrait « reconquérir l'Alsace et la Lorraine » et l'on chantait dans les écoles : « Flotte, petit drapeau, flotte, flotte bien haut, symbole d'espérance » ... « Ils n'auront plus l'Alsace et la Lorraine » ... « Le soleil luit, la route est large, le clairon sonne la charge » ... « Mourir pour la Patrie, c'est le sort le plus beau » ...

    Les appels du grand Jaurès et des socialistes de l'époque n'avaient pas été vains pendant plusieurs années. Ils expliquaient la cause réelle de la guerre aux populations qui s'éveillaient à peine aux idées de justice sociale et de progrès humain. Ils montraient que les affairistes, les colonialistes, les grands industriels étaient les premiers responsables parce qu'ils profitaient du crime. Le 31 juillet 1914, Jaurès fut assassiné. Le grand tribun à la générosité légendaire était à lui seul un obstacle majeur au déclenchement du génocide. C'est par lui qu'il fallait commencer, pensait-on dans les milieux revanchards.

    On connaît la suite : les affiches de mobilisation tapissant les murs des villages et des villes, le massacre qui ne tarda pas à commencer. Pour mettre l'opinion publique en confiance, la propagande officielle s'évertuait à convaincre les citoyens que cette guerre serait une simple promenade jusqu'à Berlin pour couper les moustaches à Guillaume. Et c'est la fleur au fusil, la chanson sur les lèvres qu'on embarquait dans ces wagons cercueils de sinistre mémoire : 8 chevaux, 40 hommes...

    Dans les gares, on avait mobilisé toutes les formations musicales, les fanfares, les trompettes de cavalerie... Partout retentissaient La Marseillaise, Le Chant du Départ... Et plongée dans cette ambiance cocardière, notre belle jeunesse était loin de penser qu'elle allait devenir de la chair à canons, que cette guerre qui durerait quatre années aussi longues que quatre siècles, coûterait des millions de victimes, des deuils, des souffrances interminables et indescriptibles. La guerre, l'affreuse guerre au ventre crevant de ruines allait arrêter pour longtemps les activités paisibles, bienfaisantes de nos formations musicales. Des différends entre sociétés, des querelles de prestige, des jalousies, il n'en fut plus question.

    Comme cela s'était produit en 1870, La Seynoise cessa toute activité. Mais cette fois, les événements allaient prendre un tour beaucoup plus dramatique.

    Nos jeunes musiciens mobilisés ne tardèrent pas à payer chèrement leur participation aux combats meurtriers, et cela dès les premiers jours du conflit. Hommage leur soit rendu dans cet historique qui n'est pas le lieu d'épiloguer sur les causes discutables au nom desquelles on sacrifia leur vie.

    Après le départ des mobilisés, le Conseil d'Administration de La Seynoise fut remanié. Le Président Pons, entouré de fidèles collaborateurs, rassembla tous les membres non mobilisables. Après la mort de Joseph Bergonzo, le sous-chef Francois Taliani qui deviendra plus tard une grande figure de La Seynoise apparaît et va se charger de la formation des élèves. Même si la musique n'était pas appelée à se manifester comme autrefois en raison des circonstances, il fallait penser à l'avenir. L'ombre du temps présent ne devait pas estomper l'espérance des temps meilleurs.

En attendant, ce sont les mauvaises nouvelles qui commencent à arriver.

    C'est Monsieur le Maire qui reçoit le premier les terribles communications ministérielles. Il lui faut alors prévenir discrètement les familles, trouver le courage d'annoncer à des parents pétrifiés que leur fils bien aimé ne reverra plus son pays natal. Que de scènes déchirantes, abominables, que de souffrances à endurer pour ce bon peuple saigné à blanc dans ses forces vives et qui ne comprenait pas alors le sens de cette guerre !

    Avant que par la signature de l'Armistice cesse la boucherie, c'est trois cent soixante treize fois qu'il fallut à La Seyne apporter la terrible nouvelle. Sans compter celles des victimes dont on ne saura jamais plus rien.

    Dès ce début de l'année 1915, c'est Émile Vanucci qui ouvre la liste des membres de La Seynoise morts au champ d'honneur. Il est frappé à mort le 22 janvier lors du combat des Éparges. Le 4 février, c'est Molinaris, dit Tedesco qui tombe à Massige-Verginy, dans la Marne. Le 28 septembre de la même année, Ferdinand Martinenq, de vieille souche seynoise trouve la mort, également à Massige. Le 28 août 1916, Jean Gleize, sous-lieutenant au 112e régiment de ligne meurt dans le bois d'Avancourt. Il sera fait Chevalier de la Légion d'Honneur à titre posthume.

    De loin en loin, on apprenait ainsi la disparition d'un enfant de La Seynoise. À chaque fois, une délégation de camarades se rendait auprès de la famille éplorée. On se lamentait devant l'impuissance des hommes à arrêter le massacre. Et puis ce fut le tour de Joseph Silvy, fils du Chef vénéré de la musique, décédé à la suite d'un accident d'avion en rade des Vignettes, le 20 avril 1917.

    En plus des musiciens, les membres honoraires de la société musicale devaient payer également un lourd tribu à la tuerie. Ainsi, Victor Orsoni, engagé volontaire à l'âge de 51 ans comme canonnier au 116e Régiment d'artillerie légère fut tué à Germonville (Meurthe et Moselle), le 2 avril 1916. Le 18 juin de la même année, Jean Bory, sergent au 312e Régiment d'Infanterie trouvait la mort à Chattencourt. Il y eut aussi des victimes dans les combats navals. Ce fut le cas de Joseph Davy, Maître mécanicien à bord du Bouvet un cuirassé coulé dans le détroit des Dardanelles après avoir heurté une mine sous-marine. Il se retourna, quille en l'air, et sombra emportant en une minute tout son équipage dans l'abîme. Ce drame horrible se produisit le 18 mars 1915.

    Et puis les maladies contractées au front aggravèrent la suite des malheurs. Ainsi disparut Léopold Giloux, puis André Schouller, puis Marius Ourdan...

    Que le lecteur ne nous tienne pas rigueur des omissions qui auraient pu se produire dans l'énumération de tous ces deuils. Nos recherches, même avec l'apport de documents officiels auxquels nous nous sommes référés, ne sont pas exemptes d'erreurs.

    La grande famille qu'était devenue, au fil des ans, La Seynoise avait donc perdu plusieurs de ses fils et de nombreux amis. Parmi les centaines de victimes seynoises de cette guerre atroce, la philharmonique vit donc disparaître un capital humain des plus précieux qui serait bien difficile à reconstituer.

    Pendant la durée des hostilités, alors que chaque famille vivait des heures angoissantes à la pensée que pouvait lui parvenir à chaque instant la terrible nouvelle, il ne fut pas question d'organiser des réjouissances ou des festivités. Quand la faux de la Mort fut suspendue par la signature de l'Armistice, le 11 novembre 1918, La Seynoise reprit ses activités. Le Président Pons fit alors de son mieux pour regrouper les membres exécutants. Vingt-six d'entre eux répondirent à l'appel et ce nombre allait croître peu à peu, au fur et à mesure que les jeunes étaient démobilisés.

    Mais il faut bien dire ici que de nombreuses recrues aussi bien dans l'Armée que dans la Marine ne revinrent au pays qu'avec un retard considérable.

    En effet, les gouvernants de l'époque avaient décidé d'envoyer des troupes d'occupation en Rhénanie, pour simuler un écrasement total de l'Allemagne. En fait, on lui permit très vite de reconstituer son armée, quelques mois seulement après la signature de l'Armistice. Une armée que l'on ne tarderait pas à retrouver, paradant et défiant ses anciens vainqueurs sous les ordres d'un fou sanguinaire. Par ailleurs, un corps expéditionnaire avait été envoyé en Mer Noire avec le dessein de briser l'élan révolutionnaire du peuple russe qui entamait une expérience dont les péripéties n'ont pas fini d'alimenter les débats.

    Enfin, des troupes étaient massées dans les pays colonisés où déjà germaient des idées d'indépendance, car le mécontentement des populations opprimées par le grand état impérialiste qu'était alors la France allait croissant.

    La guerre n'avait donc pas fini dans l'enthousiasme soulevé par l'annonce de l'Armistice. Elle se poursuivait sournoisement dans ce climat équivoque où les conditions se mettaient déjà en place pour le conflit suivant. C'est pourquoi nombre de jeunes Seynois tardèrent encore à retrouver leur ville natale.

 

Difficultés de l'après-guerre

    L'après-guerre ne vit pas La Seynoise reprendre le rythme régulier de ses activités habituelles, surtout après la cohue des événements récents.

    Le Président Pons, malade, vieillissant, sentait peu à peu ses forces l'abandonner. Il eut beaucoup de mérites à assumer ses pesantes responsabilités d'autant que, nous le verrons, il sera un président bâtisseur. Mais pour l'heure, il fallait redonner vie à l'association paralysée depuis quatre années et ce ne fut pas chose aisée.

    Néanmoins, dès le 22 novembre 1918, il écrivit une lettre à Monsieur Baptistin Paul, Maire de la Ville pour mettre sa société à la disposition de la Municipalité et s'associer dans l'immédiat aux concerts et fêtes données au bénéfice des œuvres de guerre. La Musique avait retrouvé un effectif suffisant pour se manifester honorablement partout où sa présence serait souhaitée. Elle répondit ainsi à plusieurs reprises à l'appel du comité chargé de l'érection du Monument aux Morts. Des concerts furent alors donnés au bénéfice de cette œuvre dont la réalisation fut subordonnée à des questions de crédits d'une part, mais aussi et surtout au choix de l'emplacement. Sur cette question, un désaccord si profond se manifesta au sein de la population que la Municipalité dut faire procéder à un référendum avant d'engager les travaux.

    On aurait pu penser (avec une grande naïveté, il est vrai) que la guerre et ses terribles épreuves allaient contribuer à rendre les êtres humains sinon meilleurs du moins plus sages. Hélas ! il n'en fut rien. Si les hommes n'oublient pas tout à fait, leurs souvenirs se recouvrent d'un voile, ce qui est nécessaire pour arriver à survivre, mais qui demande, lorsque l'on veut équilibrer leur jugement, de leur rafraîchir la mémoire. Dans cette période confuse de l'après-guerre, les morts ensevelis et les larmes séchées, les rapports entre les individus reprirent un cours normal et avec eux toutes les gammes de comportements humains, depuis les honnêtes gens jusqu'aux aigrefins, depuis les philanthropes jusqu'aux intrigants, depuis les altruistes jusqu'aux sombres arrivistes. Le brave Président Pons qui n'avait pas besoin de cela se trouva alors aux prises avec des problèmes qui n'avaient malheureusement rien à voir avec l'Art musical.

 

Départ de la salle Magnaud

    Les jalousies, les questions d'intérêt et de prestige furent à l'origine de conflits où la sottise le disputait à la mesquinerie. Il y avait certainement des problèmes beaucoup plus sérieux à résoudre que les querelles soulevées par le propriétaire de la salle Magnaud, avenue Gambetta, ou par L'Avenir Seynois, ou encore par une association locale dite Les Bons Provençaux.

    On se souvient que La Lyre Seynoise occupa pendant plus d'un demi-siècle la salle Coupiny, rue des Aires jusqu'à ce qu'en 1897, ses effectifs ayant cru sensiblement, elle dut trouver refuge ailleurs pour ses répétitions. La grande salle Magnaud lui donna alors les moyens d'exercer pleinement ses activités, surtout pour les répétitions de l'orchestre.

    Elle occupa donc ce local pendant une vingtaine d'années jusqu'à ce qu'un différend surgisse un jour avec le propriétaire au sujet de la location. Un procès s'en suivit. Sans vouloir entrer ici dans les arcanes de la procédure, disons seulement que les rapports entre la société et le propriétaire s'envenimèrent à tel point que le Président Pons et le Conseil d'Administration durent envisager une nouvelle migration.

    Après entente avec les dirigeants du Cercle des Travailleurs, il fut convenu que La Seynoise tiendrait là ses répétitions, au premier étage de l'imposant bâtiment construit depuis le début du siècle place Ledru-Rollin. Nous verrons plus loin que cette cohabitation ne se passa pas non plus dans des conditions idéales.

 

Des « Provençaux » pas si « bons » que cela...

    Dans le cadre des activités que notre philharmonique désirait reprendre figurait la représentation de la Pastorale de Maurel où elle acquit une très brillante renommée. La preuve nous en est donnée par le concours organisé par le groupe des Bons Provençaux de Marseille où La Seynoise avait obtenu, on s'en souvient, le 25 décembre 1901, le diplôme d'honneur hors-concours avec la mention suivante : « Merveilleuse exécution d'ensemble ».

    Forte de ces succès passés, La Seynoise pouvait prétendre renouveler de semblables spectacles, mais elle se heurta à une autre société locale, le Groupe dei Bouans Prouvensaou qui voulut l'empêcher de jouer sous prétexte que depuis des années elle avait monopolisé le spectacle à des fins lucratives. Des simples cancans, on en vint à une vive polémique par voie de presse et une campagne calomnieuse défraya la chronique locale pendant plusieurs mois. Excédé par toutes ces attaques, Édouard Pons n'y tenant plus adressa une mise au point au président des Bouans Prouvensaou, lequel avait autrefois appartenu à La Seynoise - c'est dire si le poids des rancunes devait être lourd et leur écheveau complexe... Voici le texte de cette lettre qui montre à quel point les rapports entre deux associations qui n'ont de but que désintéressé peuvent en arriver à des situations aberrantes.

« Monsieur le Président du Groupe Les Bons Provençaux de La Seyne.

Nous ne vous suivrons pas dans le ridicule d'une polémique publique, mais laissez nous vous dire que nous avons été fort surpris à La Seynoise, samedi dernier en lisant un article signé du pseudonyme du Président des Bons Provençaux (de La Seyne) - « Mèsté Roustido » - nous disons « croyons-nous » car, vous qui chantiez si bien Degun li sercara plus noiso, pouvez-vous le faire à présent en reprochant à La Seynoise de vouloir jouer La Pastorale dans un but intéressé ?

Mais, Mèsté Roustido, le but que nous poursuivons était le même quand vous la jouiez avec nous. Il était tout aussi intéressé et intéressant car il s'agissait d'assurer la prospérité de La Seynoise et lui permettre de participer au concours où elle a moissonné de glorieux lauriers.

C'est peut-être ce qui offusque celui qui vous a fait signer cet article. À travers le style grandiloquent de son auteur, nous reconnaissons celui qui depuis près de trente ans poursuit La Seynoise de sa haine aussi stupide qu'impuissante. (NDLA : il s'agit d'un personnage influent de l'Avenir Seynois).

Nous ne savons pas quel intérêt vous avez à adorer à présent ce que vous avez brûlé mais vous avez mis plus de hâte à signer cet article que vous en avez mis à répondre aux lettres que le regretté Président Guérin vous écrivit en 1904 pour vous prier de verser à la caisse de La Seynoise (qui était intéressée à cela) le montant des cotisations que, par erreur sans doute, vous aviez omis de porter sur le bordereau de versement des membres honoraires dont vous étiez l'encaisseur (T'en souvenès, Roustido ?).

Au cas où vous les auriez oubliés, nous en tenons une copie à votre disposition car La Seynoise a des archives d'où nous pourrions extraire des choses intéressantes. Nous ne vous rappellerons pas le geste amical qu'eut La Seynoise l'année dernière envers les Bons Provençaux, habitués que nous sommes aux ingratitudes, mais nous croyons que ceux-ci mettront encore beaucoup de temps pour atteindre la somme que La Seynoise a versée aux œuvres patriotiques et humanitaires, toute intéressée qu'elle est.

À bon entendeur salut ! »

    Suivent les signatures du Président Pons et du Secrétaire Jaubert.

    Le ton acerbe de cette mise au point cinglante ne fut certainement pas de nature à ramener le calme dans les esprits chez Les Bons Provencaux comme à L'Avenir Seynois qui faisaient alors cause commune contre notre vieille philharmonique. Il était bien triste de constater qu'au moment où les plaies de la guerre n'étaient pas encore refermées, des luttes d'influence de bas étage empoisonnaient l'atmosphère de la vie associative renaissante. D'autant que les sociétés musicales étaient mises à contribution pour des cérémonies poignantes qui auraient dû leur donner à réfléchir : vanitas vanitatum...

 

Des cérémonies poignantes

    Car, dans les années 1919-1921, le Ministère de la Guerre procédait à la restitution des corps des victimes relevés sur les champs de bataille entre Paris et les frontières du Nord et de l'Est. Étaient également rapatriées les dépouilles mortelles de ceux qui étaient tombés en terres étrangères, c'est dire si le moment était mal choisi pour ces petites luttes fratricides...

    La Seynoise comme les autres formations musicales s'associa aux cérémonies funèbres où l'on vit à plusieurs reprises des convois composés de chars immenses portant jusqu'à huit cercueils recouverts de drapeaux tricolores, précédés des enfants des écoles accompagnés de leurs maîtres et maîtresses et suivis des familles des victimes et d'une population, tous éplorés.

    Le trajet suivi était toujours le même : le départ se faisait de la Bourse du Travail où la veille, les petits cercueils en provenance de la gare avaient été rassemblés, puis le cortège s'engageait dans la rue Gambetta et se dirigeait vers le port par la rue Hoche. De là, il gagnait le cimetière par les rues Lagane et Jacques-Laurent. Sur le parcours retentissaient les accents des marches funèbres et le plus souvent, c'était celle de Chopin que l'on interprétait. Alors la foule consternée qu'il fallait contenir sur les trottoirs venait s'associer au malheur des familles accablées. Devant l'entrée du cimetière, c'étaient des discours patriotiques où la phraséologie pacifiste était reine, beaucoup de phrases creuses prononcées par des orateurs indignés, « On ne devrait plus jamais revoir ça... ! », mais qui n'ont jamais su ou voulu expliquer la véritable cause des guerres fratricides et surtout les moyens décisifs pour en finir avec les responsables de ces carnages.

    Puis, quand les adieux suprêmes avaient été lancés, avec des effets de tremblements dans la voix, quand la fumée de l'encens s'était dissoute dans l'air, chaque famille s'en allait derrière un petit cercueil porté sur un brancard. En tête à tête avec leur douleur, elles pouvaient alors ensevelir les misérables restes mortels de ce qui fut un superbe bébé souriant devenu trop vite un jeune homme robuste aux yeux hardis qui regardait, plein d'espérance, l'avenir ouvert à lui. Et voilà qu'un jour lugubre dans la Champagne ou la Flandre... Quelles pensées remuaient dans leurs douleurs ces parents qui portaient en terre un peu de leur vie... ?

 

Encore des problèmes de local

    Et la vie continuait à La Seyne où, le 16 janvier 1920, les membres de La Seynoise se réunirent en assemblée générale pour élire le nouveau Conseil d'administration. Malgré sa fatigue et son âge, le Président Pons accepta d'assumer encore un mandat, mais il insista beaucoup pour l'accession de candidatures nouvelles à la direction de la musique. Son appel fut entendu et de nouveaux membres jeunes et pleins de dynamisme entrèrent dans l'appareil dirigeant aux côtés d'anciens dont l'expérience n'était pas négligeable. Cet amalgame fut très bénéfique pour l'avenir de la société. Ainsi, le nouveau conseil fut composé de la façon suivante :

    Président : Édouard Pons, Vice-Président : Humbert Paul, Secrétaire : Jaubert, Secrétaire-adjoint : Alexandre Maurel, Trésorier : André Gilardi, Trésorier-adjoint : Raoul Silvy, Archiviste : Joseph Ellena, Conservateur : J. Simon, Commissaires : Étienne Germain et Ferdinand Taliani.

    Cette nouvelle structure dut se préoccuper d'abord du problème du local car le transfert de la salle Magnaud au Cercle des Travailleurs ne fut pas une opération heureuse.

    Il faut bien comprendre que faire vivre deux associations aux buts bien différents dans les mêmes locaux ne pouvait pas ne pas poser des problèmes. Pendant les deux premières années, de 1919 à 1921, les adhérents du Cercle des Travailleurs et les musiciens firent bon ménage. Des spectacles furent organisés en commun, les uns et les autres participèrent à des excursions préparées ensemble. Pour la première fois depuis la guerre, la Sainte-Cécile fut célébrée par un apéritif d'honneur où furent invitées les autorités et les personnalités locales, et s'ensuivit le banquet traditionnel. Une commission artistique fut désignée avec des animateurs tels que Joseph Ellena, Jacques Bracco, Alexandre Verando, Michel Bruno, Eugène Guilhon, Charles Bracco, Emilien Benzi, Jean Benzi...

    Le Cercle des Travailleurs avait pris une âme nouvelle. Des concerts se donnaient sur la place Ledru-Rollin, surtout depuis l'édification du kiosque. Des bals, des fêtes, rassemblaient beaucoup de jeunes gens et même des adultes, dans cet après-guerre où se manifestait le désir d'une vie plus libre et plus joyeuse pour oublier tous les chagrins et les horreurs.

    Mais voilà ! des changements se produisirent dans la direction du Cercle des Travailleurs. Les nouveaux responsables se firent plus exigeants sur le prix de location consenti à La Seynoise. Ils eurent également des remarques à faire sur les tarifs selon eux trop bas aux adhérents de notre philharmonique, lorsque des bals étaient organisés. Leur argument était qu'il n'y avait pas de raison qu'ils paient un prix d'entrée plus bas puisque les musiciens n'étaient pas chez eux. Et puis les joueurs de cartes qui se tenaient au rez-de-chaussée se plaignaient de ne pas s'entendre lorsque l'orchestre répétait au premier étage. En un mot comme en mille, la zizanie s'installa et la troisième année, la cohabitation devint invivable.

    Mais la dégradation des rapports entre les deux groupements atteignit un tel stade que le Président Pons et son Conseil d'Administration durent envisager une nouvelle migration.

    Mais où l'installer, ce nouveau siège ?

 

Construire un local neuf...

    Dès le mois de mars 1922, des contacts furent pris avec Monsieur Abram propriétaire d'un terrain non loin du quartier des Aires. On envisagea alors la construction d'une salle de répétitions afin que La Seynoise puisse définitivement s'installer chez elle.

    Cette tâche sera menée à bien par le Président Pons et le dimanche 23 avril 1922 fut une date historique pour La Seynoise car ce jour-là eut lieu la cérémonie de pose de la première pierre. Toute la formation musicale y participa et ce fut le Chef Marius Silvy accompagné de l'instrumentiste Charles Schivo, tous deux doyens de la société, qui eurent l'honneur de marquer symboliquement le début de la construction. C'est au mois d'octobre suivant que les sociétaires de La Seynoise purent prendre livraison du local neuf.

    Songez, présidents et administrateurs d'associations, ce qu'a dû représenter d'audace et de confiance dans l'avenir la réalisation d'un tel projet. Combien aujourd'hui se lanceraient dans cette aventure... ! Nos anciens, même âgés comme l'était alors le Président Pons, étaient loin de se cantonner dans des attitudes pusillanimes.

 

Inauguration de la salle Gounod

    Elle eut lieu le 15 octobre 1922.

    Ce projet que tant de membres de La Seynoise avaient caressé, le Président en tête, était maintenant devenu réalité. Une réalité toute pimpante en pierre et qui sentait le neuf.

    Dans son allocution, le Président Pons remercia toutes les bonnes volontés dont les efforts obstinés avaient vaincu toutes les difficultés. Il eut un mot aussi pour les membres bienfaiteurs qui participèrent nombreux à l'émission des obligations à 25 francs sans intérêt. Mais c'est à Monsieur Abram, ancien propriétaire du terrain que l'on devait le plus car il avait accepté que la société achète le terrain avec des facilités de paiement intéressantes de même pour Monsieur Hugues, le Maître maçon qui accordait à La Seynoise qu'elle le paie en quinze ans.

    Le Président Pons aurait préféré que la nouvelle construction porte le nom de Gaudemard, fondateur de La Seynoise et de L'Orphéon des Flâneurs et qui fut bien le père de l'Art musical à La Seyne. Mais le nom de Charles Gounod qui avait disparu en 1893, avait été donné à la rue où se trouvait la salle qui portera plus tard le nom de Marius Aillaud, un autre grand président dont nous aurons le plaisir de parler plus loin.

Banquet de la Sainte-Cécile dans la nouvelle salle de La Seynoise


La Seynoise dans ses murs

    Notre vieille philharmonique était donc maintenant dans ses murs. Le bâtiment que nous connaissons n'a pas changé depuis sa construction. Il accuse ses soixante ans passés et mériterait de retrouver tout son éclat par un sérieux ravalement.

    De forme rectangulaire, avec une toiture à deux pentes, la salle présente sur la rue Gounod une grande porte surmontée d'un fronton triangulaire qui porte l'inscription suivante : « La Seynoise - Salle Marius Aillaud - Association fondée en 1840 ». Coiffant ce fronton, une lyre en maçonnerie ouvre vers le ciel ses deux branches. La plus grande partie du bâtiment est occupée par la salle des répétitions. De part et d'autre de l'entrée, on trouve à gauche une salle étroite et longue meublée de grands placards renfermant Ies partitions, les archives et des instruments, ainsi que tout ce que l'on peut appeler le matériel musical. À droite, en face de cette salle, un bar a été aménagé et équipé d'un matériel de cuisine complet.

    Pendant longtemps, les banquets de La Seynoise se sont déroulés dans la vaste salle des répétitions au fond de laquelle une scène de dimensions réduites permettait l'organisation de spectacles. La photographie ci-jointe représentant un banquet de la Sainte-Cécile sous la présidence de Marius Aillaud, laisse apparaître sur les murs, de nombreux diplômes soigneusement encadrés, des portraits de présidents défunts, des objets d'art, des étendards, des bannières. La tenture qui referme la scène porte à sa partie supérieure le texte de publicités pour lesquelles les commerçants qui en sont les bénéficiaires payaient un écot à la société on lit : « Fabrique de couleurs Victor Content », « Le petit Louvre », « Les établissements de peinture Blanc », « Le marchand d'articles électriques Arcens », « Le Jaco de Lukas »...

    Tous ces panneaux publicitaires n'apportaient rien de bien décoratif, mais ils alimentaient périodiquement la caisse.

    De nos jours, tous ces objets ont subi les injures du temps. Des vols, des déprédations diverses qui se produisirent plus tard, quand la salle fut réquisitionnée et mise à la disposition d'organismes peu soucieux de respecter la culture locale ont dégradé considérablement le patrimoine de La Seynoise.

    Cette salle hantée de souvenirs mériterait de sérieuses réfections. Ce ne sont pas les finances actuelles de la Société qui laissent espérer les transformations et les adaptations nécessaires. Son sort est maintenant lié à celui de l'École Municipale de Musique dont la croissance exige des structures modernes. Il est sans aucun doute dans les vues de la Municipalité de faire beaucoup pour le développement de l'Art musical à La Seyne. Espérons que des solutions heureuses seront trouvées bientôt en hommage à tous ceux qui consacrèrent le meilleur de leur existence à notre philharmonique et au service de tous ceux qui en assurent la continuité.

    Au cours de la réunion de bureau qui suivit l'inauguration de la Salle Gounod, des décisions importantes furent prises. L'organisation de son exploitation fut mise au point avec les problèmes de gérance, de location, de fonctionnement du bar, de tarif des consommations, etc. On décida également d'augmenter la rétribution du Chef d'orchestre qui sera portée à cent francs par mois tandis que le garçon de salle recevra mensuellement la somme de vingt francs.

    Ainsi donc, la société reprenait une bonne activité. Les moyens lui furent donnés pour faire du bon travail. Les assemblées générales groupaient jusqu'à cent cinquante membres. Les cours de musique, dirigés par François Taliani, rassemblaient environ quarante élèves.

    La première répétition de l'orchestre donnée après l'inauguration de la salle complètement aménagée donna lieu à une sortie en ville. On alla saluer l'Hôtel de Ville et le Cercle des Travailleurs dont La Seynoise prenait congé.

    À la suite de l'édification de ce local, notre philharmonique vit son image de marque se rehausser au point qu'en quelques mois, le Bureau enregistra cent vingt-six nouvelles adhésions. Les bals, les soirées artistiques, connurent un nouveau départ, au grand dam de L'Avenir Seynois dont les jalousies n'étaient pas sur le point de s'apaiser.


La Seynoisette

    Parmi ses nombreux élèves, François Taliani opéra une sélection sévère. L'expérience a montré depuis longtemps qu'il faut toujours compter avec les défections même chez les jeunes sincèrement intéressés par la Musique. Car on rêve précocement de jouer d'un instrument avant même de posséder le solfège. Quelle erreur profonde ! Apprendre pendant deux ans au moins les règles arides qui régissent la Musique exige indiscutablement une grande volonté. Et combien de néophytes en musique se découragent devant les premières difficultés...

    Avec la foi inébranlable qu'on lui connaissait, François Taliani réussit à régénérer l'effectif vieillissant de La Seynoise. Une vingtaine de jeunes musiciens apportèrent un sang nouveau à notre formation musicale, des jeunes qui formèrent un groupe artistique autonome et dont les activités prirent des formes nouvelles.

    Ils s'en allaient, le dimanche, donner des bals dans les quartiers ou les localités voisines, ils participaient avec beaucoup d'entrain aux batailles de fleurs et aux festivals carnavalesques. Ils résistaient en effet beaucoup mieux que les anciens aux cahots des chars fleuris lorsqu'ils passaient sur les pavés de La Seyne, Toulon, La Valette ou d'ailleurs. Sur la photographie ci-jointe, nous les voyons en turbans et boléros, prêts à partir probablement pour un corso fleuri, entourant leur chef vénéré Francois Taliani.

    Par la variété de leurs instruments, ils pouvaient à eux seuls donner de petits spectacles, c'est pourquoi ce groupuscule vivant, capable de créer ce que l'on n'appelait pas encore des animations avait été baptisé La Seynoisette.

Le groupe des jeunes musiciens de La Seynoisette
En haut : rangée debout :
De gauche à droite : MM. Marius Martinenq - Reynaud - Bruno - F. Taliani (chef d'orchestre) - Maffiolo - Arnaud - Delfino - Antoine Arèse - Contratto - Agostini
En bas : rangée assis :
De gauche à droite : MM. Pontremoli - Guilhon - R. Sauvaire - Nicolaï - Cignetti - Campi - Vespero

    Mais cette structure nouvelle, décidée un peu hâtivement, n'eut qu'une existence éphémère. Au bout de quelques années, La Seynoise en revint à la commission artistique traditionnelle. Mais la formation acquise par ces jeunes gens ne fut pas perdue pour notre musique qui voyait son rythme d'activités reprendre de plus en plus vite.

    Comme autrefois, La Seynoise recommençait à cueillir des lauriers un peu partout dans la région. Mais à nouveau, le deuil allait la toucher et ce sont deux chevilles ouvrières de sa renaissance qui allaient cette fois disparaître.

 

Deux disparitions douloureuses

    Depuis la disparition de son fils bien-aimé en 1917, notre cher Marius Silvy chef émérite de la musique, n'avait plus retrouvé son sourire et son entrain. Il avait vieilli avant l'âge. Mais malgré sa grande douleur, il accomplissait stoïquement sa tâche.

    Au début décembre de cette funeste année 1922, il s'alita et le Président Pons que la maladie minait depuis longtemps, fit de même. Le 21 décembre 1922, Marius Silvy s'éteignait dans son appartement au n° 52 de la rue d'Alsace. Sa perte fut ressentie bien douloureusement dans la population et parmi ses amis de La Seynoise à qui il avait tant donné avec son art musical. Comment oublier les journées triomphales de La Seynoise qu'il avait dirigée sans interruption pendant trente-trois années de sa baguette magistrale ?

Marius Silvy, Chef de musique de La Seynoise de 1887 à 1922

    Ce grand malheur pour notre société musicale fut suivi quelques jours plus tard, le 29 décembre exactement, par la disparition du bon président Édouard Pons dans son appartement de l'avenue Garibaldi. On s'y attendait depuis quelque temps, mais il fallut bien avouer que perdant en quelques jours son chef de musique et son Président, La Seynoise était bien cruellement frappée parle destin.

    Rendons hommage encore une fois au Président Pons que les questions de prestige laissèrent toujours indifférent et qui se dévoua corps et âme à l'Art musical. Souvenons-nous de sa persévérance pour régler des problèmes aussi épineux que ceux des locaux sans lesquels les activités d'une association demeurent stériles. Souvenons-nous des difficultés qu'il eut avec d'autres associations locales, mais qui n'empêchèrent pas le Président de faire triompher sa ligne de conduite.

    Comme cela se fit pour les personnalités de La Seynoise, disparues, les honneurs furent rendus à Édouard Pons et Marius Silvy par les musiciens aux instruments cravatés de crêpe. Le drapeau vénérable, maintenant chargé de lourdes médailles et d'insignes, s'inclina sur leur cercueil en signe d'adieu. Heures émouvantes dont nos anciens aimaient à rappeler le souvenir.

    Encore une fois, malgré ces désastres, il fallait penser à l'avenir, à la continuité. La Seynoise qui accusait maintenant plus de quatre-vingts ans s'était relevée de bien des périls. Elle avait maintenant de nombreux adhérents, membres actifs ou honoraires. Ses musiciens avaient fait connaître son nom bien au-delà des limites de la commune et même du département. Ils ne pouvaient rester bien longtemps sans une direction compétente et lucide.

    Le Président Pons, pressentant sa fin prochaine, avait exprimé le désir plusieurs mois avant sa disparition de se voir adjoindre un membre du Conseil d'administration pour le seconder dans une tâche devenue pour lui de plus en plus difficile. Le choix se porta alors vers Marius Édouard Aillaud, instituteur, membre exécutant dès 1892 et qui exerçait sa profession à l'École Martini depuis plus de trente ans déjà.

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Marius AUTRAN

Histoire de la philharmonique La Seynoise
Cent soixante-dix ans de passion musicale (1840-2010)

© Marius Autran 1984
© Jean-Claude Autran 2010